Nous sommes nombreux à rechercher l'harmonie entre un met et un vin, mais nous ne savons pas très bien comment atteindre cet objectif. Les magazines, les
professionnels, nous proposent moult conseils, recettes et suggestions, mais dans la pratique, il est très rare que cela se vérifie.
Notre esprit est pollué de règles telles que les vins blancs avec les poissons et viandes blanches
et les vins rouges avec les viandes rouges. D'autre part, il y a aussi les habitudes qui perdurent comme les amateurs de fromages qui les accordent davantage avec les rouges, alors que la majeure
partie des fromages se marient mieux avec des blancs. Nous connaissons aussi l'accord mondialement connu qui est le vin moelleux avec le foie gras, mais en y réfléchissant un petit peu n'est ce
pas curieux ?
Bref à force d'un besoin de dominer, les règles et habitudes sociologiques n'ont eu pour seul effet
de nous enfermer dans des dictats écrasants. Nous oublions que nous avons notre mot à dire, que nous ne ressentons pas tous les choses de la même manière et que nos goûts sont propres et
individuels. Mais comment affirmer nos goûts, comment les cultiver de nos jours ?
1) Prendre des risques, vivre c'est cela, c'est aller au delà des sentiers battus, demandez-vous au fond de vous quelles genres d'expériences vous ferait plaisir ?
2) Avoir conscience de ses goûts, êtes-vous sensible à l'acidité, à l'amertume, au sucré, au salé ? Quelles sont vos préférences ? Peut être même savez-vous pourquoi…
3) Aimer mettre la main à la patte, malheureusement pour apprécier "le bon manger" je pense qu'il faut apprécier de participer à la préparation du repas, parce qu'une fois les mets réalisés, on
ressent une grande satisfaction et davantage de plaisir au moment de se mettre à table.
Rechercher l'harmonie d'un met et d'un vin, c'est une cérémonie, un hommage à la nourriture et au vin, aux produits issus de la terre nature.
Déjà d'une il est beaucoup plus simple d'accorder un plat avec un vin, plutôt qu'un vin avec un met.
Pourquoi ? Parce qu’un vin, une fois ouvert est comme une photo, « figé » alors
qu’un met s’agrémente.
Lorsque vous ouvrez un vin, vous le suspendez dans le temps, il ne poursuivra plus sa courbe
d’évolution de base, sa nature, de part l’oxygénation se modifie et ne pourra plus jamais revenir à son état originel dans la bouteille. Si sa nature est expressive généreuse, il vous apportera
beaucoup, et s’il est trop jeune, il restera trop jeune. C’est ce moment qui est très important dans la recherche de l’harmonie pour accommoder un plat avec un vin, il faut savoir comment les
accorder ensemble.
Je vais partager avec vous une règle qui a pour but d’éliminer toutes règles.
Je commence par ouvrir la bouteille, et je me sers un fond dans le verre (authentis n°2 de
spiegelau)
Sans bouger le liquide dans le verre, je hume le vin. Quand je fais ça, c’est comme regarder un
enfant qui dort, sur son visage, j’essaye de lire une expression, il sourit et rêve, il grimace et semble inquiet, il est apaisé et détendu, il est crispé et nerveux…. Je hume ce vin et sans le
brusquer j’essaye de savoir s’il est prêt à s’éveiller ou non ? A-t-il besoin d’aide ou non pour s’éveiller ?
Un vin éveillé c’est un vin prêt à être consommé, c'est-à-dire un vin ouvert, un vin qui donne, qui
s’exprime, qui est franc et qui s’affirme, son nez est généralement aromatique, d’une belle intensité, il ne nous demande pas d’efforts, il est accessible.
Quand vous goûtez des vins jeunes qui ont cet aspect là, ce sont plutôt des vins à consommer dans
leur jeunesse, c’est à cet âge qu’ils sont à pleine maturité et qu’ils nous offrent leur meilleure expression.
Ensuite, il y a des vins endormis, ceux-là, se divisent en 2 catégories, ceux pour lesquels on peut
faire quelque chose, et ceux pour lesquels on ne peut rien faire.
Les vins endormis sont des vins qui de l’extérieur sont fermés, il manque d’intensité aromatique,
il nous demande une certaine concentration pour les percevoir, bien souvent remuer encore et encore le vin dans le verre ne nous donne pas davantage de sensations olfactives. C’est terne, fade,
voir ennuyeux et interrogatif. Pourquoi ne nous donne-t-il pas, pourquoi je ne sens rien ?
Et bien il y a une catégorie de vins qui ont cet aspect à l’ouverture et dont le temps d’ouverture
ou la mise en carafe, vont lui permettre de se réveiller plus ou moins doucement, pour que l’on puisse l’approcher un peu.
Succède une question, combien de temps laisser ouverte une bouteille avant consommation ou quand la
carafer ?
Deux possibilités, soit vous utilisez une bouteille en test c'est-à-dire que vous l’ouvrez, vous
l’observez toute une soirée, en la dégustant très patiemment, et en suivant les constats faits, vous saurez par vous-même au bout de combien de temps le vin vous a semblé le mieux. Si au bout de
toute une soirée le vin ne vous parait pas différent, voire meilleur, vous pouvez aller plus loin en refermant la bouteille et la re-goûtée le
lendemain matin.
Si le lendemain matin le vin est aigre, c’est que malheureusement ce vin avait peu à partager, si
au contraire il vous semble plus agréable que la veille, c’est que vous aviez entre les mains un vin à fort potentiel de garde et qu’il vaut mieux conserver quelque temps cette bouteille. Et il
n’est pas du tout certain qu’un carafage aurait changé la donne.
Si le vin s’est ouvert au bout d’une heure ou deux, on peut supposer qu’un carafage aurait été
bénéfique pour l’apprécier rapidement. Si vous n’avez pas de carafe, malheureuse contrairement à ce que l’on pense, ouvrir une bouteille à l’avance 1 heure ou 2 ne produit pratiquement aucun
effet d’ouverture. Il faudra l’ouvrir au minimum 4 heures à l’avance pour qu’il soit prêt à la consommation.
L’autre possibilité si un vin est fermé, et que l’on ne souhaite pas faire d’expérience
d’observation, c’est de le carafer directement et là encore il n’existe aucune règle, parfois carafer un vin ça l’améliore et des fois ça ne donne rien, je n’irai pas jusqu’à dire que ça peut
également foutre un vin en l’air mais en fait c’est possible, c’est pourquoi la seule chose qui nous prémunisse de ce genre d’erreur, c’est l’expérience.
Plus on multiplie les expériences d’observation et d’écoute, plus on constate des faits qui se
corroborent, non pas en terme de règles mais en termes de reconnaissance olfactive, ainsi nous développons nos sens et notre instinct. A force de découvertes, si nous avons été attentifs, nous
conservons une trace de chaque expérience en mémoire. Les expériences ainsi renouvelées, nous permettrons d’appréhender un vin avec plus de justesse, de sensibilité et de le pressentir. Quand
nous ouvrons un vin, le humer, l’observer, l’écouter, le gouter, nous permet de faire remonter à la surface nos souvenirs sensoriels, une fois ces souvenirs clairement identifier, quelles
ressemblances et quelle différences reconnaissons-nous ? Le but bien évidemment n’est pas de rentrer dans une grande réflexion emplie de questions et de réponses non élucidées. Le but est de
communier avec le produit, de le ressentir, et sentir naturellement son état, son âge, son potentiel un peu comme avec un enfant. Ce qui est important c’est d’être réceptif à son énergie propre,
qu’a-t-il à nous raconter, où peut il nous emmener ?
Quand vous saurez écouter l’expression d’un vin, alors vous saurez quels soins lui apporter,
faut-il le carafer ? Faut-il l’attendre ? Faut-il le boire rapidement ?
Le grand secret pour accéder aux plaisirs de la table, à l’émotion, à la rencontre d’un vin, c’est
l’expérience et la manière dont vous l’aurez abordé.
Vous pouvez attendre que quelqu’un vous dise ce qu’est le vin, mais comment ferez-vous pour le
ressentir comme lui ? Vous pouvez boire du vin par soif, sans vous souciez des merveilles qu’il recèle, mais s’il n’y avait pas d’alcool dans le vin pourquoi en consommeriez-vous ?
Vous pouvez essayer d’apprendre dans des cours, mais pourquoi croyiez vous que ce sont les autres qui savent ?
Le vin est accessible à tous, parce que tous le monde peut apprendre, goûter, percevoir, sentir,
ressentir, mais si on n’éduque pas son corps à cela, alors il vous manque le mode d’emploi pour accéder à cette connaissance.
Etre à l’écoute de soi, du vin et de tout c’est possible, mais sans conscience, sans désir
personnel, malheureusement, je crains que cela ne devienne plus possible.
Les hommes pensent pouvoir définir les vins, mais en fait ils ne peuvent pas. Pourquoi ? Parce
que nous avons tous un palais unique, et notre perception du vin est totalement individuelle, du coup vous ne saurez jamais comment votre voisin goûte par rapport à vous. Et si on admet cela, et
bien nous n’attendons plus que ce soit notre voisin qui nous dise ce que nous devons ressentir et penser d’un vin.
Je me suis beaucoup éloignée du sujet de départ mais j’y reviens.
Une fois que l’on sait approcher, entrevoir, caresser un vin, alors on peut commencer à ressentir
quel genre de met pourrait s’accommoder le vin.
J’ai établi une observation toute simple, plus vous créez de l’harmonie dans votre plat, moins vous
prendrez le risque d’avoir des désagréments avec le vin. Qu’est ce créer de l’harmonie dans un plat, c’est éviter qu’il y ait une dominance quelconque. Si il y a une dominance il faudra compenser
par ailleurs pour rééquilibrer l’ensemble met et vin. Choisir cette composition pour un met permet d’offrir la place centrale au vin, il ne couvre pas le met, et ce dernier ne domine pas non plus
le vin. Comment créer de l’harmonie dans un plat ? Tout simplement en y réunissant les 4 saveurs fondamentales du goût, de l’amer, du salé, du sucré et de l’acidité.
Par exemple : une viande grillée pour le salé, des endives braisées pour l’amertume et le
sucré et des tomates provençales pour l’acidité. Avec un tel plat, vous avez un éventail immense de vins qui peuvent se marier avec.
Evidemment, ce plat ne serait pas harmonieux avec tous les vins existants, mais ça réduit les
risques d’être déçu, par rapport à une composition différente.
Donc l’’équilibre des 4 saveurs fondamentales facilitent l’accès à l’harmonie avec le
vin.
Ensuite, on peut jouer sur les arômes, quand un vin vous rappelle certains parfums, je recommande
de créer un plat qui soit dans les mêmes dominantes d’arômes. Ainsi on ne joue pas aux apprentis sorciers.
Ensuite c’est la structure du vin qui va vous informer sur la structure du plat. La structure c’est
comme un squelette, composée de chair et de muscles. La chair étant la texture et les muscles, la puissance.
Je recommande de choisir des mets ayant la même puissance que celle du vin, quant à la texture
j’aurai tendance à jouer avec les contrastes, les oppositions.
Vous pouvez utiliser ces mêmes conseils pour choisir un vin pour accompagner un met, mais la
difficulté réside dans le fait qu’on ne sait jamais à l’avance comment est le vin, alors que concernant la nourriture, notre expérience est quotidienne, et il est donc assez aisé lorsqu’on lit
une recette, de se projeter et d’imaginer le goût que ça pourrait avoir. C’est pourquoi, ouvrir un vin, le laisser respirer et s’exprimer le plus naturellement possible, nous laisse le temps
d’imaginer le met qui s’accordera à merveille avec. Très souvent ces expériences sont les plus satisfaisantes, pas parce qu’on s’est rapproché d’une certaine perfection et harmonie, mais parce
qu’on s’est fait plaisir de A à Z, on a choisit notre expérience, notre façon de la réaliser, de la vivre et ces moments que l’on s’offre par le biais du vin ou d’autre chose, nous enrichissent
pleinement avec un air de magie….
Quelques soient vos choix, n’oubliez pas d’y prendre du plaisir et de vous créez un évènement
unique.
A l'occasion je vous parlerai également des carafes et verres que je recommande pour honorer
le vin.
A bientôt...
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